 PARIS (AFP) - Malaises, douleurs, nausées, chez un premier malade, puis d'autres, témoins du premier, sans qu'aucune cause organique ou environnementale suffisante soit trouvée: il peut s'agir d'un syndrome psychogène, selon l'Institut de veille sanitaire (InVS) qui tente d'analyser ces étranges "épidémies".
Expliquer que des malaises "s'étendent aux autres par suggestion émotionnelle" rencontre "presque toujours l'incompréhension", soulignent plusieurs spécialistes dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) publié mardi.
"Plus d'un siècle après que Charcot a démontré que les hystériques n'étaient pas des simulateurs et que Freud a découvert l'inconscient, il nous est toujours aussi difficile d'accepter que nos souffrances puissent à la fois être réelles et sans cause matérielle", relève Georges Salines, responsable du département santé environnement de l'InVS dans un éditorial.
"Les réactions sont toujours à peu près les mêmes: il doit bien y avoir anguille sous roche, une cause qu'+on+ nous cache, ça ne peut quand même pas être un effet de notre imagination", poursuit-il, relevant que la "polémique s'alimente d'une perte de confiance" dans les experts, à cause notamment du drame de l'amiante.
Il faut "savoir poser le diagnostic de +syndrome psychogène+", un phénomène "sous-estimé" en France, soulignent Stéphanie Vandentorren et d'autres chercheuses de l'InVS.
"Les épidémies de malaises non expliqués sont des situations où des personnes présentent les mêmes symptômes somatiques, sans cause organique et qui s'étendent aux autres par suggestion émotionnelle", expliquent-elles. Il existe "dans la majorité des cas", un "facteur anxiogène déclenchant", le mode de diffusion de ces épisodes se faisant "par le son et la vue".
Ainsi, dans le cas des "épisodes répétés de manifestations irritatives des muqueuses et de la peau", parmi le personnel de la mairie de Villejuif (Val-de-Marne) en 2004-2005, le "facteur déclenchant avait été la surchauffe des batteries d'un appareil informatique" avec libération "ponctuelle de vapeurs acides", selon une étude publiée dans le BEH.
Les analyses d'air intérieur et l'inspection des installations industrielles proches "n'ont pas identifié de source de pollution pouvant expliquer la répétition des événements", selon Amandine Cochet (InVS) et d'autres épidémiologistes.
L'air intérieur étant "confiné", un diagnostic de "syndrome des bâtiments malsain" avait été posé. Ce terme est souvent préféré par les décideurs à celui de syndrome psychogène, en particulier par "ceux qui pensent que blâmer l'environnement, même s'il n'a qu'un rôle secondaire, permet d'offrir un scénario plus acceptable", relève Georges Salines.
Le personnel d'un bloc opératoire de l'Hôpital Nord de Marseille avait souffert en août 2005 de malaises inexpliqués que les problèmes de ventilation ne suffisaient pas à expliquer, rappelle le BEH.
Lors d'une série de cas de malaises survenus en 2004 dans un collège des Ardennes, une intoxication au monoxyde de carbone ou une exposition au formaldéhyde ont d'abord été suspectées. Des collégiens ont été hospitalisés et l'école est restée fermée plus d'un mois, bien qu'une origine psychogène ait été envisagée.
L'évanouissement d'une fillette dans la cour de récréation, évacuée "à la vue de tous les élèves", la sonnerie accidentelle d'une alarme incendie sont autant de facteurs susceptibles, selon les chercheurs, d'avoir déclenché ou amplifié cette épidémie.
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